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Joseph dans la tradition juive

L’histoire de Joseph. Sa réception par la tradition juive.

Le cycle de Joseph, du chapitre 37 à 50 clôt le livre de la Genèse. Commencé par la discorde entre Joseph et ses frères en Canaan, il se termine par leur réconciliation et la descente de Jacob et de Benjamin en Egypte.

Plus que toutes les autres histoires de la Genèse, le cycle de Joseph possède une grande cohérence interne.

La critique textuelle montre combien ce texte a une histoire complexe. Né sans doute dans le royaume du Nord, il reçoit sa forme définitive dans le royaume du sud. Ceci explique sans doute le rôle central joué par Juda et Benjamin dans la dernière partie du récit. Mais je rappelle que la lecture juive du texte est une lecture synchronique faisant appel à l’interprétation de la tradition visant plus à lui donner sens qu’à expliciter une réalité scientifique. Ainsi le chapitre 38, l’épisode de Juda et de Tamar, semble ne pas avoir de lien avec le reste du récit et procède sans doute d’un ajout tardif. Mais il prend sens si nous considérons qu’il peut s’inscrire dans la perspective de l’évolution personnelle de Juda, permettant ainsi la réconciliation.

Voici le récit brièvement résumé :

Joseph est le premier fils de Jacob et de Rachel. Après la mort de celle-ci en mettant au monde Benjamin, Jacob s’installe en Canaan avec ses fils, près d’Hébron. Jacob affiche une préférence marquée pour Joseph attirant ainsi sur ce dernier la jalousie de ses frères. Joseph fait deux rêves où apparait sa suprématie sur ces derniers. La tension est telle que finalement les frères de Joseph décident de s’en débarrasser. Grâce à l’intervention de Juda, plutôt que de le tuer, ils le vendent à des marchands en route vers l’Egypte.

En Egypte Joseph devient rapidement un personnage important, intendant d’un haut fonctionnaire, Putiphar. Mais, du fait de sa grande beauté, la femme de Putiphar en tombe follement amoureuse et s’offre à lui. Joseph résiste à ses avances appuyées. Dépitée la femme de Putiphar l’accuse de tentative de viol.

Jeté en prison, il interprète avec succès les rêves de deux anciens hauts fonctionnaires, l’Echanson et le Panetier de Pharaon, détenus avec lui.

Sur ce, Pharaon fait des rêves : c’est l’histoire des vaches maigres et des vaches grasses, des épis pleins et vides. Personne n’arrive à interpréter ces rêves et on fait appel à Joseph.

Pharaon satisfait fait de Joseph le second, après lui, en terre d’Egypte.

En Canaan, la famine sévit et Jacob envoie ses fils en Egypte pour acheter du blé. Seul Benjamin reste auprès de Jacob. Après de nombreuses péripéties, finalement Joseph se fait reconnaître par ses frères et réussit à faire descendre Jacob et Benjamin en Egypte. La famille enfin réunie et réconciliée est installée à Goshen. Jacob meurt et, Joseph et ses frères l’enterrent à Markhpela auprès d’Abraham et Sarah, d’Isaac et de Rebecca, et de Léa. (Seule Rachel est enterrée ailleurs, sur la route d’Ephrata.)

Le matériel littéraire est abondant et plusieurs thèmes peuvent être développés : le rôle du vêtement, celui de la famine, l’évolution du personnage de Joseph, l’interprétation des rêves etc.

Ce soir je m’en tiendrai à mettre en perspective la réconciliation des fils de Jacob comme l’épilogue d’une longue et chaotique histoire familiale depuis le meurtre d’Abel par Caïn en passant par l’opposition d’Esaü et de Jacob. Enfin j’interrogerai à la lumière de la Kabbale, la place de l’exil dans ce récit puisqu’au bout du compte, Jacob et ses fils se retrouvent tous, certes réconciliés, mais en exil en Egypte.

Dans ce récit de la réconciliation, le personnage central n’est plus Joseph mais Juda. En effet Joseph par un stratagème, réussit à faire descendre Benjamin en Egypte avec ses frères et à le compromettre au point de faire mine de le retenir comme esclave. Alors Juda se propose, dans un long plaidoyer, de se substituer à lui pour épargner un chagrin mortel à son père, Jacob.

C’est alors, et seulement à ce moment, que Joseph se fait reconnaître par ses frères. Il leur révèle enfin que son séjour en Egypte était en fait un projet de Dieu : 45,8 « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici mais c’est Dieu ». Et plus loin, 50,20 « Vous aviez médité de me faire du mal. Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. ». Les derniers versets racontent la fin de la vie de Joseph, sa mort et son embaumement. Fin du livre de la Genèse. Début du livre de l’Exode, 1,8 : « Alors s’éleva sur l’Egypte un nouveau roi qui n’avait pas connu Joseph. »

Avec ce dernier épisode de l’histoire de Joseph se termine la longue histoire des Patriarches. Avec le livre de l’Exode commence, non plus un récit familial mais l’histoire de la constitution d’un peuple réuni par une Loi, la Torah du Sinaï.

La déclaration de Joseph en 45, 8 : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici mais c’est Dieu » laisse cependant une question en suspens : quelle place occupe l’exil de Jacob/Israël et de sa famille en Egypte dans le projet de Dieu ?

La Kabbale interprète ce récit comme une allégorie du cheminement de la grâce divine et de la responsabilité d’Israël dans les nations.

Pour comprendre cette interprétation il me faut rappeler rapidement et succinctement la conception que se font les kabbalistes des rapports entre Dieu et son peuple.

Aux deux pôles de cette relation il y a la Transcendance (les trois première sephirot) et le monde « d’en bas », (la 10ème sephira, Malkhout). Entre ces deux pôles chemine la « Bénédiction ». Cette descente de la Bénédiction, sous forme de la « Présence, la Chekhina » passe par Jacob/Israël, dépositaire et responsable de la Loi. Mais elle ne peut atteindre le « monde d’en bas » que par l’action du Juste, Joseph.

Pour que la bénédiction descende il faut que Joseph lui-même soit descendu vers « le monde d’en bas » et cette descente ne se fait pas sans mal ni souffrances : vente de Joseph, tentation, trahison, emprisonnement.

Enfin il faut que Jacob/Israël lui-même descende. C’est la raison de toutes les manœuvres de Joseph qui aboutissent non sans mal à la descente de Jacob. Mais cette descente elle-même est encouragée par Dieu, 46,2-4 : « 2 Le Seigneur parla à Israël dans les visions de la nuit, disant: "Jacob! Jacob!" II répondit: "Me voici." 3 Il poursuivit: "Je suis le Seigneur, Dieu de ton père: n'hésite point à descendre en Égypte car je t'y ferai devenir une grande nation. 4 Moi-même, je descendrai avec toi en Égypte; moi-même aussi je t'en ferai remonter; et c'est Joseph qui te fermera les yeux." »

« Moi-même, je descendrai avec toi en Égypte; moi-même aussi je t'en ferai remonter; » : Dieu lui-même descend en exil en annonçant en même temps le retour.

Exil et retour, centralité et dispersion, Jérusalem et diaspora : deux faces de la même pièce. Vision presque « deleuzienne » avant l’heure du départ et du retour.

Psaume 126 : Nous étions comme des rêveurs quand Hachem ramena les captifs de Sion.

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