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Joseph dans la tradition chrétienne - 2ème partie 

MEDITATION SUR GENESE 37
une fraternité malmenée et cependant recherchée…

Où est Dieu en temps de crise ? Je pose cette question parce que dans cette histoire, on est en pleine crise. Et c'est une crise de la fraternité. Les liens de solidarité sont mis à mal. La famille est divisée et traversée de haines.

Aujourd'hui, la famille humaine dans son ensemble est déchirée par des crises multiples ; guerres ethniques, combats fratricides, persécutions religieuses, guerres économiques… Bref, les exemples de fraternité malade ne manquent pas. Ainsi bien souvent, les liens de paix et de fraternité se détériorent et se dégradent pour devenir des liens de compétition et de rivalité voire de haine.

Dans cette histoire, le début de la crise, c'est Jacob ! C'est lui qui met la pagaille, en préférant un fils par rapport aux autres, Joseph qui est le « chouchou » :
« Israël (autre nom de Jacob) aimait Joseph plus que tous ses frères » dit notre texte. Je dis que tout part de Jacob, mais ce n'est pas exact ; en réalité il faut remonter plus haut dans la généalogie. En effet, le père de Jacob, Isaac avait déjà un fils préféré. C'était Esaü, et du coup il ne considérait pas de la même manière Jacob. Et le drame c'est que Jacob qui a été victime du désamour de son père va reproduire cette situation, en se mettant lui aussi à préférer un de ses fils par rapport aux autres. Et on a l'impression d'être devant une  fatalité, celle de la reproduction d'un même drame d'une génération à l'autre sans que rien ne soit fait pour arrêter le processus. Aucun travail sur soi pour essayer de stopper cette spirale infernale de la rivalité et de la haine  qui s'accumule au fil du temps et qui n'engendre que la division et la mort.

Il y a dans notre récit plusieurs signes qui montrent que Jacob accorde à Joseph une place particulière ; d'abord la façon dont il parle de ses autres fils ;  il ne les désigne jamais  comme ses fils mais toujours comme les frères de Joseph. Ensuite, il offre à Joseph une tunique princière, littéralement un vêtement à longue manche, qui le met donc dans l'impossibilité de travailler ; ainsi Joseph a une place à part,  il n'a pas besoin de gagner sa vie comme ses frères,  avec ses mains  et à la sueur de son front. Il est comme un prince qui a le droit de se faire servir. Il bénéficie d'un statut de supériorité par rapport aux autres. D'une certaine manière il est le seul fils aux yeux de  Jacob ; c'est tellement vrai que lorsque Jacob se mettra en deuil et pleurera Joseph, il l'appellera « mon fils » comme s'il avait perdu son unique fils.

Ainsi, les frères vont sombrer dans la violence et la haine, parce qu'ils ne sont pas reconnus comme des fils à part entière. Comment en effet peut-on se structurer et vivre en paix sans l'amour d'un père ?  Ainsi l'engrenage de la violence part d'une parole malade  qui sème la zizanie et la division ;  je veux parler de  la parole de Jacob.  Les frères en effet vont se mettre à détester Joseph. Et Joseph lui-même va être pris dans le jeu de son père ; il va attiser  leur jalousie et leur haine; en racontant ses songes où il rêve de les dominer. Joseph lui-même se voit au-dessus d'eux et les considère à son service. Et ils se mettent à le détester de plus en plus jusqu'à vouloir le tuer. Ainsi leur lien fraternel est en souffrance par ce qu'ils n'ont pas de lien avec le père et parce leur frère se croit au-dessus d'eux.

Le fossé se creuse entre Joseph et ses frères. Il y a une grande distance qui les sépare ; Même dans l'espace, ils n'ont pas la même place. Lui Joseph est là auprès de son père tranquillement, tandis qu'eux sont comme exilés loin de la maison de leur père. Cette proximité pour l'un et cette distance pour les autres ne sont pas seulement  géographiques, mais aussi affectives.

Et cependant,  à un moment,  Joseph va être envoyé à leur rencontre. C'est-à-dire qu'il va lui être demandé de quitter la maison et de se rapprocher de ses frères. Quitter la maison paternelle habitée par une parole malade, c'est certainement salutaire pour Joseph. Prendre de la distance vis-à-vis d'un foyer infectieux. Quant à se rapprocher de ses frères, c'est une tâche pas facile, et pourtant nécessaire. La mission qui lui est confiée est très importante et cependant nos différentes traductions ont tendance à  en faire quelque chose de léger en disant qu'il est demandé à Joseph seulement d'aller prendre des nouvelles puis de revenir. Non, c'est davantage ! Joseph  est appelé à voir si la paix (le mot SHALOM ; le bien-être et la prospérité) est au milieu de ses frères et si elle est aussi au milieu du petit bétail.  C'est assez paradoxal cette histoire parce qu'il lui est demandé à lui qui est celui sur lequel se cristallise la division de la fratrie, il lui est demandé d'être préoccupé de paix, et d'essayer de restaurer le lien fraternel meurtri. Il lui est demandé d'être préoccupé du bien-être de ses frères ; qu'ils puissent être en paix;  en paix sur  le plan spirituel et relationnel et aussi en paix sur le plan économique (ceci en référence à la paix du petit bétail).

Mais le problème de Joseph, c'est qu'il ne sait pas où sont ses frères. D'ailleurs sans doute, Il ne les voit pas comme des frères mais comme des gens qui travaillent et qui paissent leurs troupeaux. Ainsi lorsque son père lui pose la question ; « tes frères sont-ils à Bethel ? »  Il ne répond pas. Car il ne sait pas. Il ne sait pas où sont ses frères et qui sont ses frères. Il est « en errance » précise le texte. Il est malade de manque de fraternité. Cela entre en résonnance avec notre actualité, chaque fois que nous souffrons de manque de fraternité, c a d chaque fois que nous considérons l’autre comme un rival ou un concurrent.

Et où est Dieu quand il y a absence de lien fraternel ?   A aucun moment Dieu n'est cité dans ce chapitre. Ainsi on peut avoir le sentiment qu'il est absent. Cependant, alors que Joseph est  perdu et en errance,  il y a un homme qui va venir au-devant de lui. Cet  homme vient le trouver et il lui demande : « que cherches-tu ? » Cet homme est providentiel. Il est celui qui va aider Joseph à trouver le chemin pour aller vers ses frères. Il est celui qui va le faire naître au désir d'aller à la rencontre de ses frères…  « Que cherches-tu ?... » Souvenez-vous ; c'est la même question qui est posée à Marie de Magdala qui pleure devant le tombeau vide de Jésus ;  il y a là aussi un homme qu'elle considère comme un jardinier et qui lui dit : « que cherches-tu ? ». Et cet homme va la conduire pareillement sur le chemin de la fraternité qui est aussi le chemin de la rencontre avec Jésus-Christ.

Mais voilà, comment revenir en arrière lorsqu'il y a eu tant de faux pas ? Comment régler un contentieux qui s'est accumulé sur plusieurs générations ? Je pense à des pays où des haines tribales perdurent depuis des décennies. Je pense aussi à notre système économique qui fait de la compétition une vertu et qui exalte les forts au détriment des plus faibles: comment alors ne pas récolter la haine et la violence ? Face à la richesse insolente ou face à une puissance démesurée,  on  finit par exploser à un moment ou l'autre. On finit par tuer  ou par exclure. On jette au trou tous les Joseph trop privilégiés. Mais la violence ne résout rien. Elle peut libérer un instant d'une tension trop forte, mais elle ne produit pas la vie, elle ne ramène pas la paix.

Dans ce récit, il y a un autre détail important: Après avoir jeté Joseph au fond d'une citerne, les frères se mettent à table et ils mangent. Mais c'est un repas bien sinistre car il se fonde sur un sacrifice humain. Or, il n' y a pas de communion possible sur de telles bases, ou alors ce n'est qu'une communion fugitive ; on est soudés l'espace d'un instant et on se redéchire aussitôt.

Assurément, c'est un autre repas que Jésus a instauré…ce n'est pas un repas qui désigne un bouc émissaire et qui fonctionne sur l'exclusion d'un homme. Mais c'est tout le contraire, c'est un repas que préside celui-là même que l'on veut exclure, Jésus qui est déjà condamné au moment où il partage le pain et le vin avec ses disciples. Ainsi, c'est un repas qui veut restaurer la fraternité partout où elle se trouve malmenée.

Alors, ne nous trompons pas de repas; car il il y a des repas qui engendrent divisions et discriminations et et il y a des repas qui instaurent une communion avec le plus grand nombre. Et nous, nous  sommes appelés à vivre non pas  en coalition les uns contre les autres, mais en communion les uns avec les autres  Et pour nous chrétiens, c'est Jésus-Christ qui nous inspire cette communion.

Mais bien avant lui,  Dieu déjà cherchait à recoller les morceaux et l'histoire de Joseph en est un exemple et je vous suggère de la lire jusqu'au bout. Dieu secrètement va agir. il va transformer leur haine en pardon, et leur division en communion. il va les prendre avec leurs névroses et leur obscurités,  pour y mettre sa clarté. il va les conduire sur le chemin de la fraternité, à la manière de cet homme qui rejoint Joseph dans son errance pour lui indiquer là où vivent ses frères.

Amen

Groupe Abraham Duchère

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