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Mercredi 17 septembre 2014

L’Ecriture pour les chrétiens.

Groupe Abraham Séance 1 : l’Ecriture pour les chrétiens
Quand les chrétiens emploient le terme « l’Ecriture » ou « les Ecritures », avec un E majuscule, ils font référence à la Bible.

1- Une bibliothèque
Le mot « Bible » vient du grec biblion : livre ; au pluriel biblia. En passant par le latin, à cause de la terminaison « a », le mot est devenu féminin singulier : la Bible. En réalité, ce « livre » est une vaste bibliothèque. Il suffit de regarder la table des matières pour s’apercevoir qu’on n’a pas affaire à une  « table des matières » ordinaire, mais plutôt à un classement. La Bible, en effet, n’est pas un livre unique, mais une collection de livres rassemblés en un seul ouvrage.
Dans ce classement, il y a une grande distinction : celle de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le mot « Testament n’a pas ici le sens que nous lui donnons en général (un acte juridique par lequel quelqu’un décide de la façon dont ses biens seront partagés entre ses héritiers). Ce terme, d’origine latine, a servi à traduire un mot hébreu que nous rendons en français par Alliance. L’Ancien Testament, c’est l’alliance entre Dieu et les hommes telle que le peuple juif l’a découverte. Par extension, c’est l’ensemble des livres qui expriment cette relation d’alliance. Le Nouveau Testament, c’est la nouvelle forme de relation à Dieu que des croyants ont découverte à travers les paroles et la vie de Jésus. Par extension, cette expression désigne aussi les livres dans lesquelles ils ont témoigné de leur conviction.
Cette distinction explique pourquoi les éditions juives et les éditions chrétiennes de la Bible n’ont pas le même contenu. Aux Ecritures qu’ils ont gardées du judaïsme, les chrétiens ont joint un recueil d’écrits supplémentaires (le Nouveau Testament), dans lequel ils rendent compte de l’événement de Jésus et de la nouvelle compréhension de l’histoire qui en découle. Une Bible juive ne comporte évidemment que la partie que les chrétiens appellent « Ancien Testament ».
Cette expression « Ancien Testament » est largement répandue et communément utilisée dans le monde chrétien. Elle est toutefois un peu ambigüe car en français le mot « ancien » peut être interprété comme signifiant « vieux » et « dépassé ». S’il a pu, à certaines périodes, être un peu laissé de côté, les responsables des Eglises ont toujours condamné comme une hérésie la mise à l’écart de l’Ancien Testament. Une Bible chrétienne contient nécessairement les deux collections. Heureusement, « ancien » peut aussi signifier « vénérable » ! Mais les progrès des relations entre Juifs et Chrétiens poussent aujourd’hui certains à préférer l’expression « Premier Testament ».
La rédaction de la Bible a mis plusieurs siècles. Il est aujourd’hui d’usage de considérer que la clôture de l’Ancien Testament a été le fait de l’Académie juive établie à Jamnia, petite ville au sud de Jaffa, après la chute de Jérusalem et la disparition du Temple, vers 90 de notre ère. Cette assemblée de rabbins eut en effet à établir une règle (= un « canon » en grec), afin de déterminer, à propos de plusieurs livres contestés, s’ils feraient ou non partie des livres « saints », reconnus par tous comme tels. L’assemblée de Jamnia opta pour l’accueil des livres qui avaient été rédigés primitivement en hébreu, et dont l’ancienneté était certaine. Les livres qu’ils écartèrent furent appelés par la suite du nom « d’apocryphes », désignation qui laisse entendre que leur origine est cachée, donc douteuse.
Or, dès le 2ème siècle avant J.C., il existait, à Alexandrie, une traduction grecque de la Bible. On l’appelait la Septante (en abrégé : LXX, soixante-dix). Cette appellation vient de ce que, suivant une légende, cette traduction aurait été établie simultanément et de manière identique par soixante-dix sages. Elle était destinée aux Juifs dispersés dans le monde grec, aux communautés de la Diaspora (la dispersion). La Septante traduisait parfois un texte hébreu un peu différent de celui qui est conservé dans la Bible hébraïque. Ou bien elle introduisait certaines variantes dans le texte original, de façon à s’adapter à la mentalité des lecteurs imprégnés par la nouvelle culture grecque. Elle conservait aussi quelques textes dont l’original hébreu avait été perdu, et surtout en ajoutait de nouveaux, écrits directement en grec. Elle classait enfin les livres dans un ordre différent. Les Juifs de Palestine en 90 n’ont pas retenu ces différences et ces nouveautés.
C’est l’existence à l’époque de Jésus de ces deux Bibles juives légèrement différentes qui explique que le classement d’une Bible chrétienne n’est pas forcément le même selon l’édition et la tradition qui la porte. Pour les premiers chrétiens, dont les communautés virent le jour avant que ne soit rédigé le Nouveau Testament, les « Ecritures » représentaient l’Ancien Testament, la Bible juive. Mais ils ne restèrent pas longtemps au contact des Juifs de la terre d’Israël. Ils se dispersèrent sur tout le pourtour du bassin méditerranéen. Les communautés chrétiennes fondées par l’apôtre Paul vivaient déjà dans ce monde grec, parlaient grec et utilisaient la Septante. Le christianisme primitif s’est donc situé dans la ligne de la Septante, et non dans celle du canon hébraïque.
Au moment de la Réforme (16ème siècle) qui sépara Catholiques et Protestants, les Eglises protestantes, par souci de retour à la source et volonté de refaire une traduction, cette fois-ci en langue vernaculaire, ont choisi de reprendre la tradition de la Bible hébraïque. Une Bible protestante ne contient donc ordinairement que les ouvrages de ce canon. Les Eglises catholiques, pour leur part, ont conservé la liste et le classement de la Septante. Elles admettent donc les ouvrages supplémentaires grecs comme livres saints, mais les qualifient tout de même de « deutérocanoniques » (c’est-à-dire relevant d’un deuxième canon). La Traduction Œcuménique de la Bible (TOB en abrégé), ayant été l’œuvre commune de toutes les Eglises, contient tous les livres de l’une et de l’autre tradition, mais au lieu d’être insérés au fil du classement, ils sont regroupés à la fin de l’ouvrage pour un meilleur repérage.
Le Nouveau Testament a posé moins de problèmes ! Très vite, les premiers chrétiens ont collectionné et diffusé les premiers écrits dans lesquels s’exprimait la nouveauté de leur foi. C’est dans le courant du 2ème siècle de notre ère, entre 100 et 200, que les choses se sont jouées. Le choix des écrits composant le Nouveau Testament s’est opéré progressivement à cette période, répondant à une nécessité des communautés (persécutions, organisation, éclatement). Dans l’abondante production chrétienne, certains écrits sont apparus comme normatifs pour la foi des communautés et d’autres non. D’autres encore ont été perçus comme l’expression de doctrines hérétiques et écartés. Les communautés ont constitué finalement assez vite la liste des écrits qu’elles utilisaient dans leur liturgie, dans leur réflexion théologique, dans leur prédication. Un consensus s’est fait dans l’ensemble de la chrétienté, au moins sur la liste des livres principaux, et les Eglises aboutirent peu à peu à une règle commune. Quelques flottements existèrent encore ça et là après le 2ème siècle, mais à quelques détails près, dès la fin du 2ème siècle, le canon des Ecritures chrétiennes était fixé et ratifié par les premières grandes assemblées de responsables (les Conciles).
Les écrits qui furent éliminés, tant juifs que chrétiens (les « écrits apocryphes ») forment un univers touffu et complexe (deux tomes de la Pléiade !), qui intéresse beaucoup la recherche sur les mentalités religieuses des premiers siècles.
La Bible chrétienne présente en tête les cinq livres intitulés « Pentateuque » selon l’appellation grecque. Ils forment ce que le judaïsme appelle la Torah écrite, la Révélation fondamentale que l’on ne cesse de méditer et à laquelle se réfèrent tous les autres livres.
Sur une autre étagère, on trouve les livres historiques. Ils ne sont pas toujours « historiques » au sens courant du terme. Mais ils présentent toujours la découverte de Dieu à travers une histoire concrète, fût-elle de l’ordre du conte. La TOB les classe comme « Premiers Prophètes » ou « Prophètes antérieurs », ce qui évite le mot « historique » qui prête à confusion. Cette appellation se trouve justifiée par le fait que la conduite spirituelle du peuple est confiée à des personnages suscités par Dieu (Josué, Samuel, David… et bien d’autres) et par la bouche desquels Dieu a quelque chose à dire aux hommes.
Sur une autre étagère, on trouve ensuite les livres prophétiques proprement dit. Ils regroupent les discours, les proclamations lancées au peuple d’Israël à certains moments cruciaux de son histoire par des personnages qui font preuve d’une autorité et d’une lucidité étonnantes : les Prophètes. On distingue souvent les « grands Prophètes » (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel), leur grandeur étant avant tout considérée en fonction de la longueur de leurs écrits, et les douze « petits Prophètes ». La TOB classe ces recueils sous le titre « les Derniers Prophètes » ou « Prophètes postérieurs ». Pour le judaïsme, les premiers et les derniers Prophètes forment la catégorie générale des Prophètes (Nevi’im).
Sur une autre étagère encore, on trouve les livres poétiques ou de sagesse. Ils expriment pour l’essentiel des réflexions, des prières. Le judaïsme les classe sous le titre « Autres Ecrits » (Ketouvim). Un des livres les plus connus et les plus utilisés dans cette partie est le livre des Psaumes.
Pour le Nouveau Testament, l’ordre est toujours le même : les quatre évangiles d’abord, puis les Actes des Apôtres (les premiers pas de l’Eglise) , les lettres (ou épîtres) de différents apôtres, à commencer par celles de Paul, les plus nombreuses, et en dernier l’Apocalypse.
La bibliothèque complète contient 46 livres pour l’Ancien Testament (en comptant les ouvrages deutérocanoniques) et 27 livres pour le Nouveau Testament. Ce mode de classement implique que la Bible ne demande pas forcément d’être lue dans l’ordre ! Quand on visite un pays, on ne partage pas son temps en : premier jour, visite de musée ; ensuite découverte des paysages ; puis conversations avec les habitants ; enfin gastronomie ! Tout se mêle. Ainsi en est-il habituellement de notre fréquentation de la Bible.

2- Une longue histoire
La multiplicité des livres, leurs grandes différences de genre littéraire, de style, de forme, etc., forcent à reconnaître dans l’Ancien Testament des dynamiques différentes d’élaboration : on ne produit pas une chanson comme un code de loi, un oracle prophétique comme un proverbe. Aussi, avant de considérer ce qui spécifie l’écriture de la Bible comme œuvre religieuse, nous devons voir en elle un processus général de mise par écrit, commun à toute culture.
A l’origine, il faut parler de traditions orales. On peut en repérer quelque écho dans les écrits, par exemple dans certains récits de la Genèse ou du livre des Juges, dans des chants et des hymnes. Ces formes d’expression comme leur contenu se perdent, comme on dit, dans la nuit des temps.
Les premières mises par écrits de textes bibliques ont dû être assurées par les sanctuaires primitifs des tribus d’Israël entre les 11ème et 9ème siècles. Mais c’est principalement la centralisation monarchique à partir du 9ème siècle, et surtout entre les 8ème et 6ème siècles, qui permit à la fois un regroupement de traditions anciennes et le stockage d’archives législatives et historiques. Nous trouvons des traces substantielles de tels documents dans les passages législatifs du Pentateuque comme dans les livres dits historiques, mais repris intentionnellement par des rédacteurs plus théologiens qu’archivistes ou juristes, et plus soucieux de la gloire de Dieu que de celle du roi. C’est pourquoi on pense qu’il a existé une autre instance scripturaire, étrangère au pouvoir royal, qui a permis une lecture critique des événements de l’histoire. Entre le 9ème et le 6ème siècles, ces milieux durent assurer la composition des livres de Samuel et des Rois, et favoriser l’éclosion et la conservation des messages des Prophètes. Mais il ne faut pas négliger cependant le rôle de l’institution du Temple, un certain nombre de Psaumes par exemple ne pouvant relever que de la liturgie.
C’est l’épreuve de l’Exil, à partir de 587, qui va amener à la synthèse de tout ce que l’écriture juive dans toutes ses composantes avait jusqu’ici assuré de façon plus ou moins éparse. La recherche biblique insiste de plus en plus aujourd’hui sur le rôle joué par le milieu sacerdotal à cette époque, dans le rassemblement et surtout l’unification rédactionnelle, en particulier pour le Pentateuque. Il est admis que la déportation de l’intelligentsia juive à Babylone au 6ème siècle a préparé de manière décisive l’avènement du Livre tel que nous le lisons aujourd’hui. Au retour de l’Exil, à l’époque perse, il y eut encore quelques compléments (Esdras et Néhémie, les prophètes post-exiliques…). Mais surtout d’ultimes rédacteurs apportèrent la touche finale aux collections déjà fixées, avec le projet de redéfinir les fondements de l’identité d’Israël comme communauté ethnique et religieuse, et de conférer une légitimité aux institutions que cette communauté voulait se donner. Ce travail final de relecture et de reprise des traditions déjà recueillies par d’autres, déjà retravaillées par d’autres, donna à l’ensemble une cohérence manifeste.
On peut donc dire que si le « matériau » composant la Bible couvre plusieurs siècles, c’est entre le milieu du 6ème siècle et le milieu du 3ème siècle que la rédaction du texte dans sa forme actuelle s’est cristallisée pour la plus grande partie. Le livre le plus « récent » est celui de la Sagesse. Ecrit vers l’an 30 avant J.C., il nous fait parvenir à la limite de l’ère chrétienne.
La recherche scientifique (l’exégèse) permet aujourd’hui de préciser avec une relative certitude à quelle époque remonte telle ou telle partie (pas de toutes). Elle « démonte » le texte par couches. C’est un travail long et complexe, qui n’aboutit d’ailleurs souvent qu’à des hypothèses. Ces dernières années, les biblistes sont davantage intéressés par la pensée qui soutient la rédaction finale.
Dans l’univers biblique, la notion de « propriété littéraire » n’existe pas. Les disciples qui se réclament d’un auteur n’hésitent pas à remanier les textes de celui-ci, à les prolonger à la lumière de leur présent, à les « actualiser ». Les mots ne sont donc pas forcément ceux que l’auteur originel a employés, et cela vaut aussi pour le Nouveau Testament. Les textes de la Bible ont été sans cesse remaniés de telle manière qu’ils traduisent une méditation collective poursuivie tout au long de l’histoire, et ils n’ont été définitivement fixés que tardivement.
C’est ce processus d’élaboration par strates, qui se sont ajoutées ou mêlées les unes aux autres, qui explique les contradictions ou les doublets que l’on peut observer dans certains récits.
Pour ce qui est du Nouveau Testament, les conditions de l’écriture dans l’Antiquité ne permettaient pas de prendre des notes comme on le fait aujourd’hui. Aucune source écrite n’a vraisemblablement vu le jour du vivant même de Jésus. Les récits ont d’abord germé dans la mémoire des témoins. En premier lieu ils concernaient les événements de la Passion et de la Résurrection, puis des attitudes ou des paroles significatives de Jésus.
Dans la toute primitive Eglise, aucun croyant n’avait l’idée d’écrire un évangile. Jésus était vénéré comme le Ressuscité. On avait avec soi ceux qui l’avaient accompagné dans ses déplacements et qui racontaient. Mais dès ses débuts, l’Eglise s’est mise à prêcher pour convaincre et s’adjoindre de nouveaux membres. Alors des récits s’élaborèrent peu à peu pour que les nouveaux chrétiens ne se coupent pas de leurs racines et que le message de Jésus imprègne la vie de chaque personne se réclamant de lui. Les gestes de Jésus étaient aussi éloquents que ces paroles ; il fallait aussi les raconter pour donner envie de vivre à son exemple. La prière et le culte ont aussi été un des cadres où se sont élaborés des récits. A l’occasion de la « fraction du pain » ou des baptêmes, des gestes et des paroles de Jésus étaient rappelés et racontés. Chaque réunion comportait une exhortation sur la Bible (l’Ancien Testament !) dans laquelle on expliquait comment ces gestes et ces paroles étaient la réalisation des promesses faites au peuple d’Israël. L’Eglise s’est aussi référée aux consignes données par Jésus à ses apôtres pour sa vie interne et résoudre les tensions. Autant d’occasions de rappeler les réactions du Maître. Des récits sont nés alors, prenant forme à force d’être répétés.
Avant d’exister comme œuvres littéraires, les quatre évangiles que nous possédons ont été une mosaïque de petites unités orales, des sortes d’aide-mémoire, sans autre lien que la nécessité commune à laquelle elles répondaient : que l’Eglise vive dans la fidélité à son Seigneur.
Puis dans les années 50-60, on dut faire face à une augmentation du nombre des fidèles. De nouveaux foyers de christianisme naquirent tout autour du bassin méditerranéen, et l’Eglise eut besoin de textes qui favorisaient l’unité de foi et de pratique. Des récits fixés par écrit pouvaient mieux être communiqués d’une Eglise à l’autre.
Peu à peu, des documents plus complets ont vu le jour. Des chercheurs s’attachent à essayer de dégager les différentes couches d’élaboration, mais on ne sort guère en ce domaine du registre des hypothèses. A mesure que les années passaient, les compagnons de Jésus disparaissaient. Les témoins directs se faisant plus rares, l’idée de rédiger des écrits plus circonstanciés (nos évangiles) se fit jour. Il fallait un récit qui présentât dans son ensemble l’événement fondateur de l’Eglise.
Quatre évangiles sont nés ainsi, sur la fin du premier siècle, dans des communautés et à des époques différentes. Chaque texte a son histoire. Chaque évangéliste a sélectionné, organisé, présenté les événements de manière particulière, en fonction de la communauté à laquelle il s’adressait. Chaque récit dit la « vérité » de Jésus, quoiqu’il en soit de son exactitude historique en tant que détail. Ce n’est pas sans raison que l’Eglise a préféré conserver quatre témoignages différents, plutôt que de les fondre en un récit unique. Chacun est à lire pour lui-même et vaut pour lui-même. Chacun centre le regard sur Jésus sans pour autant le contenir.

3- Paroles d’hommes – Parole de Dieu
Ce parcours sur l’histoire de la Bible nous conduit à une évidence : il ne faut pas comprendre la Bible comme une sorte de dictée, faite à un moment donné, en une seule fois, directement par Dieu, à des hommes qui ne seraient que des secrétaires passifs. Dans la Bible, ce sont toujours des êtres humains qui nous disent, à leur façon, ce qu’ils ont compris de Dieu. Le peuple d’Israël et les chrétiens après eux et avec eux ont toujours compris leur passé comme une histoire d’amour, comme l’histoire continue de leur découverte de Dieu. Un auteur biblique parle ou écrit toujours dans cette perspective, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament. Il s’exprime parce qu’il perçoit spirituellement la présence de Dieu au milieu des événements. Cette lumière peut parfois n’être saisie que confusément. Pourtant c’est elle qui « polarise » le récit, qui en est le fil conducteur.
Pour le christianisme, que des textes bibliques ne soient pas nécessairement des chefs d’œuvres littéraires ne constitue pas un problème. Tous les textes ont eu des auteurs humains. La Bible n’est pas tombée du ciel, elle est née de l’histoire. Chaque texte reste tributaire d’un tempérament, d’un milieu, d’une culture, d’une époque (et on peut même mettre souvent cette phrase au pluriel), qu’il est passionnant de découvrir. Chaque auteur est un enfant de son siècle, de sa terre, de sa tradition. Qu’il ait fait œuvre originale, ou qu’il ait retravaillé des documents antérieurs laissés par ses prédécesseurs comme c’est souvent le cas, il s’est exprimé selon ses convictions, son caractère, selon sa foi, ses doutes aussi, sa quête de Dieu à tel moment et en tel lieu. Alors que ses contemporains sont en difficulté, s’égarent ou ne voient plus clair au milieu des événements, il a perçu une lumière intérieure qui l’a élevé au-dessus de la vision immédiate des choses. C’est ce que nous appelons l’inspiration des Ecritures : une persuasion intime, une conviction, qui pour nous est l’œuvre de l’Esprit Saint de Dieu, l’a poussé à proclamer ou à écrire, avec la conscience de transmettre un message de Dieu.
Le fait que Dieu inspire des êtres humains ne supprime pas l’action propre de l’auteur humain, qui reste un homme avec toutes ses contingences. La Bible possède ce trait unique qui la différencie d’autres grands livres spirituels de l’humanité : en elle, la Révélation divine s’inscrit dans l’univers humain et parle son langage. Elle ne transporte pas dans un autre monde. Pour nous, Dieu a voulu se faire connaître, mais il a voulu se faire connaître au creux des événements et par des hommes, avant de le faire par son Fils fait homme. La Parole de Dieu a en quelque sorte épousé l’histoire d’un peuple et c’est à travers cette histoire qu’elle se fait entendre (le mot « davar », « parole » en hébreu, désigne en même temps l’événement et la parole). Dieu qui parle, ce n’est pas Dieu « en direct », c’est Dieu dans des consciences d’hommes, ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas Dieu réellement. Nous faisons nôtre cette affirmation de Paul aux Thessaloniciens : « Vous avez reçu la parole de Dieu que nous vous avons fait entendre, vous l’avez accueillie, non comme une parole d’homme, mais comme ce qu’elle est réellement : la parole de Dieu qui agit en vous qui croyez » (1 Th 2, 13).
Un auteur juif contemporain, Martin Buber, résume bien la façon dont les chrétiens comprennent l’inspiration par Dieu des auteurs de la Bible (« Eclipse de Dieu », p.123) : « Ma propre conviction en la Révélation…/… ne me pousse pas à supposer que les déclarations finies sur Dieu viennent du ciel ! Je crois que la substance humaine s’embrase lorsqu’elle est touchée par le feu de l’Esprit, et qu’alors elle parvient à prononcer des déclarations dont le sens et la forme relèvent de la conception et de la langue de l’homme, mais qui pourtant témoignent de Celui qui les inspire et de sa volonté ».
Que Dieu parle par l’intermédiaire d’hommes limités, à travers une histoire « terre à terre », est déjà pour nous une forme d’incarnation. La Parole de Dieu, le Verbe de Dieu, avant de prendre corps dans un corps d’homme, a déjà « joué le jeu » de l’humanité dans toute la première partie de la Bible.
Si la Bible rapporte ce que des êtres humains ont compris de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, cela ne peut être qu’une compréhension progressive, évolutive. Au début, la rencontre, la connaissance sont encore assez primaires. Il arrive par exemple qu’on trouve dans le Premier Testament des idées sur Dieu qui aujourd’hui paraissent scandaleuses : Dieu qui se montre parfois jaloux, coléreux, ordonnant des massacres…. Au fil des siècles qui passent, la compréhension s’affine, la connaissance devient plus juste, plus en correspondance avec ce que Dieu est vraiment, et Dieu, comme un patient pédagogue, n’a cessé d’accompagner ce mouvement.
Nous admirons que Dieu ait ainsi pris le risque de plonger dans l’histoire humaine, qu’il n’ait pas voulu se dévoiler « tout d’un bloc », qu’il ait choisi de se faire connaître au fil d’une histoire qui se déroule progressivement. C’est la raison pour laquelle nous parlons d’une « histoire du salut ». Lentement la Révélation divine s’est frayé un chemin dans la conscience humaine. Dès l’origine, la Parole de Dieu a habité parmi les hommes. Ainsi Dieu préparait-il l’incarnation de son Verbe, Jésus-Christ, celui en qui nous croyons que sa Parole s’est pleinement manifestée. Pour les chrétiens, le Christ est celui qui est pénétré de la plénitude de l’Esprit et qui, par ses actes et ses paroles, nous livre le secret dernier du Dieu d’amour. C’est lui qui pour nous est la clé ultime qui nous permet de comprendre le sens profond de toutes les paroles inspirées proférées avant lui.
Il ne faut donc pas imaginer une révélation divine fulgurante en des temps très reculés, puis une transmission plus ou moins fidèle de ce donné. Tout au contraire, on peut parler d’une expérience, dont les débuts sont obscurs, mais qui mûrit peu à peu jusqu’à la pleine révélation de Dieu en Jésus. A la suite du peuple d’Israël, nous apprenons, en lisant la Bible, à lire notre propre histoire comme une histoire de salut, au cours de laquelle Dieu nous éduque et nous révèle les multiples facettes de son mystère. Et tant que notre vie suit son cours, nous n’en finirons pas de comprendre. D’ailleurs, c’est toujours après coup que l’on comprend ! En écoutant les auteurs de la Bible nous faire part de leurs découvertes, de leurs tâtonnements, de leurs difficultés, de leurs certitudes et de leurs doutes, nous sommes nous-mêmes aidés dans notre découverte. Notre vie aussi est une histoire.
L’Esprit de Dieu continue à agir au cœur des hommes. Nous n’en aurons jamais fini de percevoir toutes les merveilles de Dieu. A mesure que l’histoire avance, nous pouvons découvrir une portée nouvelle aux paroles anciennes. Nous poursuivons en ce sens l’œuvre des écrivains bibliques en rédigeant la Bible de notre vie.

4- La Bible dans la vie des chrétiens
Dès les débuts de l’Eglise, la lecture des Ecritures a fait partie intégrante de la liturgie chrétienne, héritière pour une part de la liturgie synagogale. Aujourd’hui encore, c’est surtout par la liturgie que les chrétiens entrent en contact avec les Ecritures, en particulier lors de la célébration eucharistique du dimanche. Le Christ est alors « présent dans sa parole, puisque c’est lui qui parle lorsque les Saintes Ecritures sont lues dans l’église » (Concile Vat. II). Les cycles des lectures accordent une place privilégiée aux évangiles, de façon à bien mettre en lumière la figure du Christ. Nous lisons aussi régulièrement des textes de l’Ancien Testament en rapport avec les textes des évangiles, afin qu’ils s’éclairent l’un par l’autre. L’homélie (le prêche) qui doit expliquer et actualiser la Parole de Dieu entendue, fait partie intégrante de la liturgie. Dans tous nos rassemblements, le moment où la Bible est proclamée (la « liturgie de la Parole ») est un élément décisif dans la célébration de chacun des sacrements ou célébrations de l’Eglise (baptêmes, mariages, funérailles…). Les hymnes et les prières sont en principe imprégnées du langage biblique et de sa symbolique.
Aujourd’hui, tous les chrétiens sont encouragés à la lecture individuelle et communautaire de la Bible, et à la développer en méditation, prière et contemplation. Pas seulement les « spécialistes », prêtres, pasteurs ou religieux. L’enseignement aux enfants (la catéchèse) a comme première source l’Ecriture Sainte, afin d’introduire dès le jeune âge à une juste compréhension de la Bible et à une lecture familière et fructueuse. En particulier, la présentation des évangiles est pensée de façon à susciter une rencontre avec le Christ, qui pour nous transmet l’appel de Dieu à aimer sans limites, auquel chacun doit répondre.
Tous les fidèles sont invités à connaître le don de Dieu, tel qu’il est révélé dans l’Ecriture, et à comprendre de façon positive les exigences qui en découlent. Beaucoup de moyens sont aujourd’hui à notre disposition : traductions dans toutes les langues, ouvrages de vulgarisation ou scientifiques, groupes bibliques, cours, conférences, publications diverses, sites Internet… Des associations et des mouvements mettent aussi au premier plan la lecture de la Bible dans une perspective de foi et d’engagement chrétien.
La Bible est la base commune de notre foi, aussi un appel pressant à lire et à relire les textes inspirés, ouverts à l’Esprit Saint, à méditer ces textes et à en vivre, est lancé plus que jamais aujourd’hui par toutes les Eglises chrétiennes, de façon à progresser dans la conversion du cœur et un témoignage de vie authentique. Il reste bien sûr encore beaucoup à faire pour donner à tous ceux qui se déclarent chrétiens le goût de répondre à cet appel…
Chantal Defélix

 

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