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Mercredi 21 janvier 2015

Lecture de l’Écriture chrétienne

« L'Évangile selon Luc, Chapitre 4, versets 14 à 30 »
Intervention préparée par le groupe chrétien et écrite par Pierre-Olivier Dolino

Face au texte biblique, nous ne sommes jamais seuls. Nous avons avec nous notre histoire, nos référents culturels, nos pré-compréhensions – et notamment, pour ce qui concerne les textes bibliques, les interprétations que l'on a pu entendre de la part d'autres lecteurs… L'explication, comme la réception d'un texte, ont donc leur propre histoire qu'il nous faut comprendre pour pouvoir appréhender le texte.

Le contexte historique :
Luc est de la deuxième ou troisième génération après le ministère terrestre de Jésus le Christ. Il n'est donc pas un « témoin direct » des événements qu'il raconte. Il écrit probablement entre 80 et 90 (après JC) pour des chrétiens d'origine juive et qui parlent grecs.
C'est une période marquée par la controverse historique entre chrétiens soucieux de marquer la continuité avec la première alliance, et ceux qui veulent se démarquer du monde juif. Dans ce débat, Luc s’intéresse tout autant aux judéo-chrétiens – notamment le cercle des Douze qui en constitue le fondement – qu'à ceux venus du monde grec et païen, à qui il reconnaît les meilleures chances d'avenir.
Luc doit également faire face à ce que l'on a appelé le « retard de la parousie » – cette attente du retour du Christ et donc de fin des temps, que l'on croyait imminente juste après la mort et la résurrection du Christ. En rédigeant son Évangile, Luc ouvre ses lecteurs à une nouvelle compréhension de la révélation qui n'est plus uniquement basée sur l'attente imminente du retour du Christ, mais sur son « anticipation », en montrant comment le Salut est déjà présent dans la venue, la mort, la résurrection et l'Ascension du Christ.

Le contexte littéraire :
L'intention de l'auteur, que Luc nous livre lui-même dans les premiers versets de son Évangile, est de créer une œuvre littéraire de référence (« bien renseignée et écrite avec soin ») pour témoigner que Jésus est le « Sauveur », témoin de la « bienveillance » de Dieu malgré l'incompréhension et le rejet de son peuple puis des Nations.
Luc s'adresse à des chrétiens d'origine juive et qui parlent grecs. Il connaît bien à la fois la rhétorique grecque et l’exégèse juive : il utilise des mots ou des formule sémites et bibliques, mais en expliquant le sens des mots et des coutumes que ses auditeurs ne connaissent plus.
Aucun Evangile n'est un récit historique des événements, au sens d'un reportage. D’où le fait que nous en ayons 4 ! Leur rédaction, leur transmission et leur réception sont le fruit d’une histoire qui influe sur notre comprenions et notre lecture du texte.
Pour rédiger son récit, Luc a à sa disposition de nombreux matériaux : différentes formes d’Évangile circulent déjà à son époque, ainsi que des recueils de paroles, des textes liturgiques, ou des morceaux de récits épars… Luc les combine, les réécrit et en retravaille les formules. Par exemple, la mention des miracles fait par Jésus à Capharnaüm indique que notre récit a eu lieu plus tard dans la vie de Jésus (comme chez Marc 6,1-6 ou Matthieu 13,53-58), mais Luc le place en tête de son récit pour en souligner le caractère introductif – ce récit est pour lui une clef pour comprendre le sens du ministère de Jésus. Il y a donc bien construction d'un récit de sens.
Le texte, écrit en grec par Luc, nous est parvenu relativement « en bon état » malgré de nombreuses variantes : des copistes au IIème siècle l'ont retouché, des théologiens ont voulu le purifier ou l’harmoniser avec d'autres Évangiles, sans oublier lors des copies les étourderies, erreurs, influences de traditions orales ou des autres Évangiles, les tendances théologique ou les sensibilités ecclésiologiques des copistes…
Enfin, entrant dans le Canon, l’Évangile selon Luc a également reçu un statut sacré que Luc ne lui avait pas donné et surtout il a été dissocié du livre des Actes avec lequel il formait primitivement une unité.
Son Évangile suit grosso modo le même plan littéraire que les trois Évangiles que nous appelons synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) : 1. Naissance-baptême et début de ministère ; 2. Récit qui conduit Jésus de Galilée à Jérusalem 3. A Jérusalem, la passion et la résurrection.
Notre péricope (extrait de texte) se situe dans la première partie, à la charnière entre les récits sur les débuts de la vie de Jésus (naissance, baptême) et le début de son ministère.
Juste avant notre passage, Luc raconte le baptême de Jésus, sa généalogie et la tentation dans le désert. Après notre texte, Luc raconte la suite du ministère de Jésus : « Il descendit à Capharnaüm, ville de la Galilée, et il les enseignait le jour du sabbat. On était frappé par son enseignement, car il parlait avec autorité... »

Commentaire :
V 14-15 : Ces versets marquent la transition entre l'avant, le récit de la tentation, et notre péricope qui raconte les débuts du ministère de Jésus. Luc y insiste sur la proximité entre l'Esprit et Jésus. Depuis l'annonce à Marie (1,35), le baptême (3,22) et la tentation (4,1), la puissance et la justice de Dieu, autrement appelées Esprit Saint, sont à nouveau actifs dans le monde. Mais Luc ne restreint pas cette puissance à Jésus puisque Zacharie (1,67), Jean le Baptiste (1,15), Élisabeth (1,41), Marie (1,35) ou Siméon (2,25) en sont également au bénéfice. Pour Luc, l'Esprit prophétique du 1er testament, celui qui annonce la venue du Messie, comme celui de son accomplissement, ne sont qu'un.
Jésus « enseigne » au sens juif, c'est à dire qu'il explique ou commente l’Écriture. Il n'agit pas comme un prince qui règne, un prêtre qui officie ou un prophète qui proclame…. Il donne du sens aux prophéties. Il fait cela dans les synagogues. Relevons au passage que le texte grec parle de « leurs » synagogues, soit parce que Luc reprend ici un texte antérieur, soit parce qu'il prend ici de la distance avec le monde juif.
Luc parle pour la première fois de la « renommée » de Jésus. Pour les grecs, la renommée est souvent le but même de la vie. A voir avec Jésus à quoi cela va aboutir… !

V. 16-20a : Le fait que Jésus vienne de Nazareth, une bourgade sans grande importance, n'enchante pas les premiers chrétiens qui rêvent certainement de quelque chose de plus prestigieux (cf. Jn 1,46 : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? ») ; mais de manière paradoxale, c'est ce que nous dira Paul, Dieu a choisi les choses petites et faibles pour révéler sa grandeur ! Le surnom de Jésus de Nazareth, ou Jésus le Nazaréen, a d'ailleurs probablement d’abord été une moquerie que les détracteurs de Jésus utilisaient pour souligner qu'il n'était pas de Bethléem, la ville d'où devait venir le Messie selon l’Écriture. Puis comme par retour du stigmate, les premiers chrétiens s'en sont emparé et l'ont revendiqué comme un signe plein de sens.
Jésus nous est présenté comme un juif pieux fréquentant « habituellement » la synagogue. Il a certainement été désigné pour faire la lecture ce jour-là, comme c'est l'habitude, car si c'était de sa propre initiative Luc l'aurait probablement signalé (cela aurait certainement entraîné des réactions). Luc nous décrit avec beaucoup de détails ce qui se passe : Jésus se lève, reçoit le livre, trouve le passage, referme le livre, le rend, s’assied. Il se garde simplement de dire que Jésus fait la lecture : il indique l'intention « il se leva pour lire » et cite le texte. Il est possible que Jésus ait choisi le texte lui-même, ou qu'il ait lu le texte du jour (cette pratique n'était pas encore fixée), ou encore qu'il ait été choisi par tirage au sort comme cela se faisait parfois.
La citation d'Esaïe se trouve au chapitre 61, les versets 1et 2 cités d'après la version de la septante en grec (avec un jeu de mot en grec sur accueil aux versets 19 et 24). La citation reprend mot pour mot Esaie, omettant simplement « pour panser les cœurs brisés » et surtout « annoncer le jour de la vengeance de notre Dieu » qui pourrait être mal comprise et choquer le lecteur. Il rajoute par contre « renvoyer les opprimés en liberté », une expression de Es 58,6. Ce texte était lu lors de la fête de Kippour pour lancer l'année du jubilé. Le jubilé est une pratique du Premier Testament, que l'on trouve notamment décrite au chapitre 25 du Lévitique, qui consiste en une année, tous les 50 ans, de libération (remise des dettes, fin du servage…) et de bénédiction, où chacun retourne à sa terre dans son pays. Le cycle biblique est en effet constitué de 7 cycles de 7 ans – 6 pour semer et moissonner + 1 de repos – 7x7=49 ans + une 50ème année de réjouissance, de repos et de libération. Historiquement, on a très peu de preuves que cela ait était réellement appliqué….
Mais Luc, en reprenant cette citation et en la plaçant au début du ministère de Jésus, situe ce récit comme un commencement, une origine de son ministère, comme pour souligner le caractère « premier » de cette situation.
La construction est très soignée ; on a un beau chiasme qui met en valeur la citation d’Esaïe, qui est le point central sur lequel Luc veut insister :

« dans la synagogue
il se leva
on lui donna le livre
ayant déroulé le livre
il trouva le passage où il est écrit :
ayant roulé le livre
l'ayant rendu
il s'assit
dans la synagogue »

V. 20b-21 : C'est la première parole publique de Jésus. Ce propos n'est pas totalement nouveau puisque c’est une citation. Mais, c'est l'interprétation "aujourd'hui" qui est nouvelle. Cela dit bien la position de Jésus, que Luc veut souligner, entre accomplissement des Ecritures et nouveauté inouïe qu'il invite à reconnaître. En utilisant le présent, et en faisant dire à Jésus que tout est accompli aujourd’hui, Luc pointe que l'action libératrice de Dieu n'est plus simplement une promesse mais déjà une réalité, à la fois pour les auditeurs de Jésus, mais également pour nous, comme pour les premiers chrétiens (cf. le problème du retard de la parousie). Jésus déplace ses auditeurs, en les déplaçant du regard (« il le fixe ») à l'écoute (« ce que vous avez entendus est accompli »). C'est accompli dans la parole (« les oreilles »), même si pas encore totalement dans les faits. Cette idée se retrouve dans l'expression : « En Jésus le Royaume de Dieu s'est approché ».
Il y a là déjà toute la "manière de faire" de Jésus : il ne dit pas explicitement : « Je suis ce messie annoncé par Esaïe », mais il fournit des indices et laisse libre notre intelligence d'accepter ou de refuser les signes offerts.
Les prisonniers, les pauvres, les aveugles, … ne sont pas que des catégories spirituelles ! Ils renvoient à des réalités concrètes, que Jésus rencontre également lors des miracles. Le salut de Dieu concerne l'Homme dans toutes ses réalités humaines.
En mettant au cœur de son récit l'accomplissement de l’Écriture, Luc met l'accent plus sur le contenu de la révélation que sur son rejet.

V. 22-24 : les réactions des auditeurs qui forment un « bloc », comme au verset 15, vont aller de l’admiration au rejet en passant par l’étonnement. D'abord dans l’admiration, car ils sont comme « touchés par la grâce » ; puis cette reconnaissance butte sur leur réalité : « n'est-il pas le fils de Joseph ? ». Luc montre bien combien il est difficile de sortir de ses repères, de son savoir, de ses « pré-jugés ». On voit bien ici un des blocages sur le chemin de la foi : comment dépasser la réalité humaine de jésus : « n'est-il pas le fils de Joseph ? », et ses repères pour accueillir une nouveauté qui fait irruption et surtout accepter qu'elle soit universelle !
La parabole du médecin permet de décaler un peu l'auditeur pour lui faire entendre autre chose que cette réalité trop humain. Elle souligne en même temps le conflit naissant entre le dessein de Dieu et la volonté humaine : en Jésus est annoncé l'année de grâce du Seigneur, et conformément aux Écritures, cette annonce commence chez lui, mais même là, ou peut être justement ici en premier lieu, cet appel n'est pas reçu.

V. 25-27 : Luc fait ici une relecture chrétienne des textes de la première alliance en élargissant l’œuvre messianique au monde païen, au-delà des frontières traditionnelle du judaïsme. Il inscrit alors fermement l’œuvre de Jésus dans l'universalité (cf. les débats entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens).

V28-30 : Luc ne donne pas d'explication directe du passage de l'étonnement à la colère, mais contrairement à L’Évangile selon Marc, il substitut la parole au lieu du miracle, la résistance de la foule au lieu de la guérison.
Le temps de la passion n'est pas encore venu, Jésus passe au milieu de la foule comme on scelle une nouvelle alliance : en hébreux le mot alliance signifie « couper », on découpe un mouton en deux et on passe entre les deux parties pour signifier concrètement l'alliance.

En guise de conclusion :
En choisissant de placer ce récit au commencement à la fois littéraire (le début du ministère de Jésus), mais également géographique (à Nazareth, là où tout a commencé), et aussi temporel (le jubilé qui est année de grâce), Luc annonce qu'une ère nouvelle vient de s'ouvrir.
De manière programmatique est donc annoncée la mission de salut de Jésus le Messie, auprès des plus faibles : pauvres, prisonniers, opprimés ; La mission décrite par Esaïe sera bien la sienne dans l'Evangile. Mais également auprès des étrangers : les exemples donnés de la Foi d'étrangers posent tout le programme des Actes, par exemple Ac. 13,44-45 où les Juifs deviennent furieux contre Paul quand ils voient que des païens écoutent la parole du Seigneur. Enfin la tentative de meurtre, la première, préfigure l'exécution sur la croix "hors de la ville" qui pointe le refus de l'humanité de le recevoir…

L'Évangile selon Luc, Chapitre 4, versets 14 à 30
Traduction Œcuménique de la Bible

14 Alors Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, et sa renommée se répandit dans toute la région. 15 Il enseignait dans leurs synagogues et tous disaient sa gloire.
16 Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la lecture. 17 On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le déroulant il trouva le passage où il était écrit : 18 L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, 19 proclamer une année d’accueil par le Seigneur.
20 Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit ; tous dans la synagogue avaient les yeux fixés sur lui. 21 Alors il commença à leur dire : « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez. » 22 Tous lui rendaient témoignage ; ils s’étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 23 Alors il leur dit : « Sûrement vous allez me citer ce dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même.” Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie. » 24 Et il ajouta : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve accueil dans sa patrie. 25 En toute vérité, je vous le déclare,
il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, quand le ciel fut fermé trois ans et six mois
et que survint une grande famine sur tout le pays ; 26 pourtant ce ne fut à aucune d’entre elles qu’Elie fut envoyé, mais bien dans le pays de Sidon, à une veuve de Sarepta. 27 Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân le Syrien. »
28Tous furent remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. 29 Ils se levèrent, le jetèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline sur laquelle était bâtie leur ville, pour le précipiter en bas. 30 Mais lui, passant au milieu d’eux, alla son chemin.


Pères de l'Église
Le sacrifice d'Abraham (Gn 22,1-19)


ORIGENE (IIIème siècle)
Je crois que Dieu est assez puissant pour le ressusciter des morts1


Prêtez l'oreille, vous qui vous êtes approchés de Dieu (cf. Hé 12,22), vous qui vous estimez fidèles, et considérez attentivement comment la foi des croyants est mise à l'épreuve : Dieu, rapporte l'Écriture, mit Abraham à l'épreuve et lui dit : (...) « Prends ton fils bien-aimé, celui que tu chéris,
Isaac, et offre-le-moi en holocauste (...) sur une des montagnes que je t'indiquerai. » (...) Ce fils sur qui reposent de grandes et merveilleuses promesses, (...) voilà qu'Abraham reçoit l'ordre de l'offrir en holocauste au Seigneur sur une montagne !

Que ressens-tu à cette injonction, Abraham ? Quelles pensées se bousculent en ton coeur ! La voix de Dieu s'est fait entendre, elle scrute et éprouve ta foi. Que vas-tu lui répondre ? Que penses-tu ? Vas-tu reculer ? Sans doute tu dois retourner en ton coeur des réflexions de ce genre : « Si c'est en
Isaac que la promesse m'a été faite, et si je l'offre en holocauste, il ne me restera rien à attendre de la promesse » ? Ou bien peut-être affirmes-tu cette conviction : « Celui qui a promis ne peut absolument pas mentir (cf. Hé 6,18) ; quels que soient les événements, la promesse demeurera » ?

Vraiment, je me sens trop petit pour pouvoir sonder les pensées d'un aussi grand patriarche ; je ne puis connaître les réflexions suscitées en lui par la voix de Dieu qui venait le mettre à l'épreuve, ni saisir les mouvements de son âme lorsqu'il entendit l'ordre d'immoler son fils unique. Mais l'esprit
des prophètes est soumis aux prophètes (1 Cor 14,32); aussi l'apôtre Paul à qui l'Esprit avait révélé, comme je le crois, les pensées et les sentiments d'Abraham, a-t-il déclaré : Grâce à sa foi, Abraham n'hésita pas lorsqu'il offrit son fils unique sur qui reposaient les promesses, car il pensait que Dieu était assez puissant pour le ressusciter des morts (Rm 4,20; Hé 11,17.19). Saint Paul nous fait ainsi connaître les pensées d'Abraham le croyant ; voilà donc, à propos d'Isaac, la première occasion où se manifesta la foi en la résurrection. Oui, Abraham espérait qu'Isaac ressusciterait, il croyait à la réalisation de ce qui n'était encore jamais arrivé. (...) Abraham savait qu'en lui se formait déjà la figure de la réalité à venir ; il savait que de sa postérité naîtrait le Christ, la vraie victime offerte pour le monde entier, celui qui triompherait de la mort par sa résurrection.
(...)
Abraham se leva donc de bon matin. De bon matin, précise l'Écriture, peut-être pour suggérer qu'un début de lumière brillait dans son coeur. // sella son âne, prépara le bois et prit son fils. Il ne délibère pas, n'hésite pas, il ne fait part à personne de sa décision, mais aussitôt il prend la route. Et il parvint au lieu que lui avait dit le Seigneur, te troisième jour. (...) Le troisième jour a toujours partie liée avec le mystère. C'est le troisième jour que le peuple sorti d'Égypte offre un sacrifice à Dieu pour être purifié. C'est le troisième jour surtout qu'eut lieu la résurrection du Seigneur. C'est dans le troisième jour que sont encore enfermés beaucoup d'autres mystères.

Levant les yeux, Abraham vit l'endroit de loin. Il dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l'âne. Moi et l'enfant, nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. » (...) Dis-moi donc, Abraham, déclares-tu la vérité à tes serviteurs quand tu affirmes aller adorer puis revenir
avec l'enfant, ou bien veux-tu les tromper ? Si tu dis la vérité, c'est donc que tu n'offriras pas Isaac en holocauste ? Si tu les trompes, n'est-ce pas indigne du grand personnage que tu es ? Alors, quelle disposition de ton coeur cette parole traduit-elle ? « Je dis la vérité, répond Abraham ; j'offre l'enfant en holocauste, et c'est pourquoi j'emporte le bois avec moi. Puis je reviens vers vous avec l'enfant. Je crois en effet de toute mon âme que Dieu est assez puissant pour le ressusciter des morts (Hé 11,19). »


ROMANOS LE MELODE (VIème siècle)
"Moi non plus, dit Dieu, je n'épargnerai pas mon fils"2

"Le père chargea lui-même les fagots sur son enfant et, sur ses épaules, le fils porta le fardeau".
(Le mystère que j'évoque ici, puissent tous les croyants le comprendre !)
Ils arrivèrent là où Dieu les avait appelés. Alors Abraham, de toute sa foi, prédit l'avenir, comme s'il le voyait : « Restez ici, dit-il à ses compagnons ; moi, avec l'enfant, je vais jusque là-bas ; ensuite je reviendrai. » Les faits révélèrent la véracité de ses paroles, car seul est bon le Sauveur de
nos âmes. (...)

Des hauteurs du ciel, celui qui scrute les abîmes jeta les yeux sur Abraham ; à pleine voix, il appela le juste : « Abraham, Abraham, homme de grande foi, retiens ta main ! Je voulais te connaître, moi qui déjà te connaissais, avant même de te former (cf. Jr 1,5) : aujourd'hui j'ai expérimenté ta foi. (...) N'immole pas ton enfant, je sais maintenant que tu me crains, puisque, pour moi, tu n'as pas épargné ton fils. Prends-le et, comme tu l'avais prédit, retourne avec lui, (...) car je donne tout bien, moi, le Sauveur de vos âmes.

« Oui, retiens ta main ; maintenant je sais que ta foi est pure, conforme à mon bon plaisir. Aussi, en toi, vais-je réaliser, comme sous un voile, mon dessein, car, ô juste, tu es ma claire image. Veux-tu savoir ce qui arrivera après toi, grâce à ta conduite ? C'est pour te le révéler que je t'ai fait monter ici : par égard pour moi, tu n'as pas épargné ton fils ; moi non plus, par égard pour la multitude, je n'épargnerai pas mon Fils. Je le donnerai afin qu'il soit immolé pour le monde entier, car je donne tout bien, moi, le Sauveur de vos âmes.

« Comme ton Isaac a porté le bois sur ses épaules, ainsi mon Fils, sur ses épaules, portera la croix. Ton grand amour t'a révélé l'avenir. Tiens, regarde le bélier pris dans le bois; en voyant comment il est retenu, découvre le mystère : c'est par les cornes qu'il est entravé ; ces cornes figurent les mains de mon Fils. Immole-moi ce bélier et je te garde ton fils, car je donne tout bien, moi, le Sauveur de vos âmes. »

Quand Sara vit Isaac revenir avec Abraham, sans avoir reçu le coup mortel, elle se mit à danser, tout heureuse d'accueillir à nouveau son fils : « Celui qui me donne de te revoir, ô mon enfant, qu'il prenne maintenant ma vie ! » À nous aussi donne cette joie, ô toi qui pour nous as laissé lier tes
mains, comme des cornes, sur le bois. Ne repousse pas nos prières, ne les rends pas inutiles. Ne fais pas périr dans ta colère ceux pour qui tu as été crucifié, (...) ô toi qui donnes tout bien. toi. le Sauveur de nos âmes.

1 Homélie 8, N°1 à 5.
2 Hymne sur Abraham, strophes 16... 24

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