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Mercredi 18 février 2014

Lecture musulmane

Extrait texte coranique : Sourate 37 versets 83-109
83 Or, vraiment, Abraham était parmi ses partisans (ceux de Noé, cité en amont). 84 Quand il vint à son Enseigneur avec un cœur sain. 85 Quand il dit à son père et à ses tenants : « qu’adorez-vous ainsi ? 86 Désirez-vous des divinités forgées à la place d’Allâh ? 87 Quelle est alors votre conviction sur l’Enseigneur des êtres de l’Univers ? » 88 Il observa attentivement les étoiles 89 Il dit : « Vraiment, je suis contrarié ! » 90 Ils s’éloignèrent en lui tournant le dos 91 Furtivement, il se dirigea vers leurs divinités en disant : « Ne manges-vous pas ? 92 Qu’avez-vous à ne pas vous exprimer ? »
93 Il se retourna contre elles, les frappant de sa dextre. 94 Ils (les idolâtres) lui firent face en pressant le pas. 95 Il dit : « Adorez-vous ce que vous sculptez ? 96 Or, Allâh vous a crées, vous et ce que vous oeuvrez ? » 97 Ils dirent : « Pour lui, construisons une bâtisse». Alors, dans la fournaise, ils le jetèrent.
98 Ils visaient alors à lui tendre un piège. Aussi Nous les avons mis en position d’infériorité.
99 Et il dit : « Vraiment, me voici partant vers mon Enseigneur : Il me guidera !
100 Mon Enseigneur ! Fais-moi don par pure grâce (d’une progéniture) parmi les intègres ! »
101 Alors, Nous lui fîmes la bonne annonce d’un adolescent longanime.
102 Alors, quand celui-ci eut atteint l’âge de s’activer avec lui, il (Abraham) dit : « Ô mon fils ! Vraiment, moi, je vois en songe que je t’immole. Considère alors ta façon de voir ! ». Il dit : « Ô mon père ! Fais ce qui t’es commandé, tu me trouveras, si Allâh veut, parmi les endurants. »
103 Quand tous deux alors se soumirent et qu’il le mit front à terre,
104 Nous l’appelâmes : « Ô Abraham ! 105 Tu as certes authentifié la vision ! Vraiment, c’est ainsi que Nous rétribuons les excellents ! 106 Vraiment, ceci est bien la mise à l’épreuve explicite. »
107 Nous l’avons racheté par une offrande sacrificielle sans commune mesure
108 Et Nous avons maintenu son influence jusqu’aux derniers.
109 Paix sur Abraham !
1 Comprendre le Coran par…..le Coran :
Sourate 37 est nommée As-saffat, les rangées, celles qui se tiennent en rang, en référence au 1er verset « Par celles qui se rangent en rangs », sourate Mekkoise, avec 182 versets, elle se place en 56ème position dans l’ordre chronologique présumé. Ces rangées évoqueraient celles des anges qui adorent Dieu et par analogie celles des croyantes et croyants qui font de même.
Période Mekkoise (86 sourates « descendues » sur 114, période marquée par un apprentissage de la foi au Dieu Unique dans un contexte, un milieu polythéiste, dont la majorité des premiers musulmans sont issus, femmes, hommes et enfants. Les 9/10èmes du Coran traitent de la spiritualité au sens large du terme : la présence de Dieu, la foi, le culte, la moralité, l’éthique, l’eschatologie (l’au-delà), etc…or ces thèmes forment l’essentiel du contenu des révélations Mekkoises, soit entre les années 610 et 622 (Hégire).
A La figure d’Abraham est fondamentale : Une sourate, la n° 14 porte son nom « Ibrahim », son histoire est narrée dans 25 sourates, sa mission fut de restaurer les fondements du monothéisme originel. Abraham fait l’expérience d’une recherche personnelle de la foi à travers sa méditation de la création, notamment des astres (6/74-84), il chemine à la découverte du divin, de Dieu, en ayant foi dans le Créateur des cieux et de la terre. Il rentre en conflit avec son peuple et son père (idôlatre) qui le menace s’il ne cesse pas (19/42-46). Ce qui fait écho aux diatribes qui opposaient le prophète aux mekkois, notamment sur le culte rendu aux idoles, justifié par une imitation irréfléchie des ancêtres. Abraham fut catapulté dans un feu (fournaise) (21/51-73), l’ange Jibril vint à sa rescousse mais Abraham eut cette réponse « hasbouna Allâh oua niyma el wakil » « Dieu nous suffit et il est meilleur protecteur », Dieu rendit le feu « fraîcheur et paix » et lui donna le nom de «  khalilou Allâh », « Ami intime de Dieu » (4/125). Il est le modèle le plus prégnant de la foi monothéiste originelle qu’il convient de suivre (16/120-123) «Vraiment Abraham était une matrie, vouée à Allâh, théotrope et qui n’avant jamais été parmi les codéificateurs, reconnaissant des bienfaits d’Allâh. Allâh l’a choisi et l’a guidé jusqu’à une Voie qui requiert la rectitude. Or Nous lui avons accordé excellence dans l’ici-bas et vraiment, dans l’Ultimité, il sera parmi les intègres. Puis Nous t’avons inspiré : « Suis la règle d’Abraham, le théotrope, et qui n’était pas parmi les codéificateurs ».
Abraham finit par s’exiler, comme le prophète lors de l’Hégire. Il reçoit la visite des anges, âgé et sans enfant, l’annonce d’une descendance lui est faîte (11/69-73 et 37/112-113). Arrivée en Arabie, Il établit une partie de sa descendance, à la Mecque en les personnes de Hagar et de son fils Ismaël, Abraham appelle la bénédiction sur ce site ((14/35-41), reconstruit le sanctuaire de la Kaaba avec son fils (2/125-128) et prie Dieu d’envoyer un prophète issu de ce peuple, positionnant ainsi le Prophète Muhammad comme réponse à sa propre prière. La vie spirituelle d’Abraham atteint son sommet avec le récit du sacrifice de son fils, non identifié dans le Coran, geste non effectué qui finit par être «racheté» par Dieu (37/101-109) et qui deviendra un rite essentiel du pèlerinage, le 10ème jour du mois de DHUL HIJJA (mois du pèlerinage) avec la fête de l’Aïd AL ADHA, ainsi que de nombreux rites liés à l’histoire d’Abraham à la Mecque (cf ci-dessous). Abraham lègue sa foi à ses fils (2/132) et aux croyants (2/135-136) « Dîtes : «Le dépôt confié, Nous l’avons mis en œuvre par Allâh et par ce qu’on a fait descendre sur nous venant de leur Enseigneur et par ce qu’on a fait ainsi descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les tribus et par ce qui a été donné à Moïse, à Jésus et ce qui a été donné aux prophètes. Nous ne faisons aucune distinction entre eux et nous, à Lui nous nous remettons en confiance » (2/136). (Cycle des révélations et des prophètes : pilier de la foi, Iman)
On le voit, l’importance d’Abraham est immense, aux récits Abrahamiques du Coran vient s’ajouter des bénédictions sur Abraham et sa famille suivit des mêmes bénédictions sur le prophète Muhammad et sa famille (salutations sur le Prophète) incorporées en clôture dans la prière rituelle. La fin de la sourate 37/180-182 sont souvent récités au terme d’une rencontre, comme le faisait le Prophète et achèvent aussi souvent le sermon du vendredi : « Gloire à ton Enseigneur, Enseigneur que ne peuvent atteindre (insondable) les calomnies des Hommes (ce qu’ils décrivent), et paix et salut sur les envoyés. A Allâh la louange, l’Enseigneur des êtres de l’Univers ».
B L’adoration comme vocation de l’Homme :
A travers le passage choisit on voit bien que le 1er échange entre Abraham, son père et son peuple porte clairement sur l’objet d’adoration : 85 « Quand il dit à son père et à ses tenants : « qu’adorez-vous ainsi ? 86 Désirez-vous des divinités forgées à la place d’Allâh ? 87 Quelle est alors votre conviction sur l’Enseigneur des êtres de l’Univers ? » 88. Cette question de l’adoration est « la question » centrale autour de laquelle tout converge, c’est le leitmotiv des révélations et des prophètes. Ce service d’adoration (AL UBUDIYA) se compose de l’adoration (AL IBADAT) et de l’Amour mutuel Humain/divin avec un cœur « paisible». Citons quelques passages du Coran à ce sujet, à commencer par la Fatiha, 1ère sourate, récitée dans chaque unité de prière, soit au moins 17 fois par jour (5 prières par jour de différentes unités : prière, pilier de l’islam).
(1/5-6) « C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi que nous sollicitons l’aide. Offre-nous la Voie qui requiert la rectitude », (21/25) « Or, Nous n’avons envoyé aucun messager avant toi sans que Nous lui ayons inspiré : « Nul Dieu adoré sinon Moi, adorez-Moi ! », (51/56) « Je n’ai crée les djinns et les humains que pour qu’ils M’adorent.», (15/99) «Et adore ton Enseigneur jusqu’à ce que te vienne la certitude ! » (7/172) « Et quand ton Enseigneur eut tiré des reins des fils d’Adam leur lignée et qu’Il les fit témoigner sur eux-mêmes : « Ne suis-Je pas votre Enseigneur ? ». Ils dirent : « Si, Nous témoignons ! » afin que vous ne disiez pas au Jour de la Résurrection : « Vraiment, nous étions imprévoyant à cet égard ! », (17/23) « Or, ton Enseigneur a décrété que vous n’adoriez que Lui.. », (26/88-89) « Le Jour où biens et enfants ne seront d’aucun profit, sauf pour qui vient à Allâh avec un cœur paisible », «20/14) « Vraiment, Moi Je suis Allâh, nul dieu adoré sinon Moi. Alors adore-Moi et élève l’action unifiante de grâce en rappel de Moi » (Dieu s’adressant à Moïse). (18/110) « Dis : « Ce que je suis : une forme humaine semblable à vous ! Il m’a été inspiré que le Dieu que vous adorez n’est qu’un Dieu adoré Unique. Alors que celui qui espère la rencontre de son Enseigneur accomplisse l’œuvre intègre et ne codéifie personne dans l’adoration de son Enseigneur ! », (25/63) « Les adorateurs du Tout-rayonnant d’Amour sont ceux qui marchent humblement sur terre, et lorsque les ignorants les interpellent disent : « Paix (salâm) !»  
On retrouve la centralité de l’adoration dans la tradition prophétique (Sunnah). Un jour, un compagnon vint demander au prophète : « Ô messager d’Allah, enseigne-moi une chose que je ne demanderai à aucune personne après toi ? » le prophète lui dit : « Dis j’ai foi en Allah, et reste constant dans ton adoration ».
Ainsi, les compagnons posaient fréquemment la question au Prophète : «Quelle est la meilleure des adorations ?» ou «quelle est l’acte le plus aimé auprès d’Allah ?». Ce qui est intéressant de remarquer est le fait que le Prophète, donnait autant de réponses différentes qu’on ne lui posait de questions. Il dit à un compagnon : «c’est le fait d’être régulier dans tes actes», à un autre il dit : «le fait de faire rentrer la joie dans le cœur de ton prochain», à un autre il répond : «ne t’énerves pas». A un autre il dit : «Accomplir la prière à son heure», à un autre il répond : «le pèlerinage accepté». Toutes ces réponses pour une seule question : «quelle est la meilleure des actions ?», mais à des personnes différentes, ce qui témoigne de la prise en compte de la personne dans la pratique prophétique en personnalisant la réponse.
2 Une lecture « juridique » : Le HAJJ
le droit musulman distingue 2 ordres différents, le domaine cultuel « Fiqh al ibadat » et le domaine des affaires sociales « fiqh al muamalat ». Concernant le culte, l’essentiel est déterminé et fixé et la règle est que ce qui n’est pas clairement prescrit est interdit. Concernant les affaires sociales, un travail permanent d’adaptation est effectué afin de formuler des réponses à des problèmes nouveaux et la règle est ce qui n’est pas clairement interdit est permis de fait, soit exactement le contraire que le domaine cultuel!
On va retrouver dans cette lecture, l’extraction (instinbat) de versets pour venir fonder, approfondir la pratique du pèlerinage, 5ème pilier de l’islam. (3/95-97), (22/26-29)
(22/27) « Appelle(Abraham) les Hommes au pèlerinage (Hajj) ! Ils répondront à ton appel, à pied et sur toute autre monture, venant des contrées les plus éloignées ». Ce HAJJ reproduit, entre autre, des actes accomplis par Abraham : le sacrifice du 1Oème jour de DHU HIJJA, mois du pèlerinage, qui commémore le sacrifice du bélier substitué par Dieu en substitution du fils d’Abraham, la « lapidation du démon» qui le précède correspond au refus d’Abraham de céder aux insinuations sataniques de renoncer à son acte sacrificiel, le Sa’y qui correspond aux allers et retours (7) effectués par Hagar entre les monticules de safa et marwa à la recherche éperdue d’eau, de secours, boire à satiété de l’eau de Zem-Zem, source qui jaillit sous les pieds d’Ismaël, prier où se tenait Abraham pour prier «Maqam Ibrahim », le « Tawaf » la circumambulation soit tourner autour de la Kaaba, etc…. Aujourd’hui, d’énormes travaux sont en cours pour accueillir à terme plus de 2 millions de pèlerins.
3 Une lecture spirituelle :
Le « hanif » : (3/67-68.), Si Adam est considéré comme le père de l’humanité et Noé son sauveur, Abraham représente le père du monothéisme. Il est un hanif, c’est-à-dire un homme immergé dans la Présence, imprégné par l’Unicité et totalement confiant en la volonté divine, en référence à la tradition primordiale. Au-dessus de tout esprit dogmatique, il est au sommet de la pyramide, point de convergence du monothéisme dans ses nuances et sa diversité.
Le chemin dans la lumière : Dans sa méditation et sa quête de la Vérité, Abraham, qui possédait le savoir de son temps, l’astrologie, contemplait la création et s’interrogeait sur ses origines. L’observation des étoiles, de la lune et du soleil le conduisit d’étape en étape, de découverte en découverte, à la vérité céleste. Au plan symbolique, les astres constituent son cheminement intérieur et ses états successifs dans la progression vers la réalisation, de l’étoile à la lune et au soleil, c’est-à-dire de la lumière la plus faible à la plus forte. A travers l’expérience d’Abraham, tous les hommes en quête de Vérité pourront cheminer, d’état en état, jusqu’à la disparition des illusions par une purification intérieure (6/76-79).
Destruction des idoles : Son père était gardien du temple des idoles. Abraham l’interrogea en présence des prêtres : « Qu’adorez-vous ? Cherchez-vous dans votre égarement des divinités en dehors de Dieu ? Que pensez-vous du Seigneur des mondes ? ». Ces questions ébranlèrent profondément les convictions de l’assistance et semèrent le doute dans les cœurs. Le comportement de ses contemporains asservis par l’idolâtrie et la corruption rendait malade cet homme au cœur pur. Lorsque les gens se dispersèrent, il resta seul et provoqua les idoles par cette question : « Vous ne mangez pas ? Pourquoi ne parlez-vous pas ? ». Ne recevant pas de réponse, il prit une hache de la main droite représentant l’autorité, la justice et la vérité, et décapita les idoles. La destruction accomplie, il mit la hache dans la main de la plus grande des idoles. Quand les gardiens du temple constatèrent le désastre, ils l’en accusèrent. Il répondit que c’était l’œuvre de la grande idole. Qu’on l’interroge ! Après une longue hésitation, ils dirent à Abraham que l’idole ne pouvait pas parler. Il leur dit alors : « Vous adorez ce que vous avez sculpté, alors que c’est Dieu qui vous a créés, vous et ce que vous faites ? » (37/88-96)
La fournaise : Après le décès de son père qui le protégeait en dépit de leurs divergences, les prêtres décidèrent de le condamner. Ils dirent : « Construisez pour lui une bâtisse et jetez-le dans la fournaise » (37/ 97). La sentence allait donc être exécutée. Abraham devait subir l’épreuve comme tous ceux qui sont venus au cours des siècles défendre des idées généreuses et universelles. Il fut donc condamné au bûcher. Au moment où il entrait dans la fournaise, Gabriel lui apparut et lui demanda, de la part de Dieu, ce qu’il souhaitait. Abraham imperturbable répondit qu’il s’en remettait à Lui. Au même instant, le Très-Haut le nomma « Son ami », et dit au feu :« O feu ! Sois, pour Abraham, fraîcheur et paix ! ». Ils voulaient dresser des embûches contre lui, et nous en avons fait les plus malheureux des perdants », ( 21/69-70). Pour que le décret divin se réalise, sous le bûcher jaillit une source qui préserva Abraham. Devant ce miracle, il fut libéré mais invité à quitter Ur et la terre babylonienne.
L’exil : Une exigence de la foi. L’exode d’Abraham commença. Il partit avec sa femme Sarah et ses compagnons, parmi lesquels Loth. Ils repartirent dans le désert. Un certain temps s’écoula et Abraham n’avait toujours pas de descendance. Sarah pensait qu’elle était stérile. Lassée d’attendre, elle finit par lui offrir sa servante afin qu’il puisse avoir un enfant. Ismaël naquit d’Abraham et Agar. Sarah devint alors extrêmement jalouse et pria Abraham d’éloigner Agar et son fils. Il emmena l’enfant et la mère dans un endroit désertique et aride, la vallée de La Mecque, où il revint de temps en temps les voir. Le rituel du pèlerinage musulman à La Mecque a pour origine cet événement. La jalousie de Sarah eut des conséquences positives que nous verrons plus tard. Même nos faiblesses peuvent avoir une répercussion déterminante sur le déroulement de l’histoire.
Zemzem et le destin d’Ismaël : Agar était restée seule avec son enfant dans ce pays de la soif. Ismaël était sur le point de mourir. L’enfant pleurait et sa mère affolée courait d’une colline à l’autre pour chercher du secours. En pleurant, Ismaël frappait le sable de ses talons si bien qu’une source en jaillit avec force et abondance. Pour la tempérer, Agar dit à la source : « zemzem », « calmement-calmement ». Cette source coule encore aujourd’hui à La Mecque, désaltérant et purifiant les pèlerins. La course éperdue d’Agar entre les collines de Safa et Marwa est réactualisée lors du rituel du pèlerinage. Agar symbolise l’âme assoiffée de vérité. Elle a le même cheminement qu’Abraham qui cherchait la Vérité à travers les croyances de son temps, puis à travers l’astronomie et l’astrologie. Mais chaque fois qu’il croyait l’avoir atteinte, il se retrouvait insatisfait. La Vérité était encore au-delà. Telle Agar, l’âme dans sa quête court d’une hésitation à l’autre, d’une fausse certitude à l’autre, d’une question à l’autre, cherchant l’eau de Vérité dans la Source de la vie. Cette lignée est celle de Moïse jusqu’à Zacharie, Jean et enfin Marie qui donnera naissance à Jésus. D’Ismaël naîtra, après plusieurs générations, Muhammad.
L’épreuve du sacrifice : Dans le désert mecquois, Abraham vit en songe qu’il devait sacrifier son fils. Au réveil, il lui raconta sa vision à Ismaël, qui serein, réconforte son père. Ils partirent tous deux vers la plaine de Mina où devait avoir lieu l’immolation. En cours de route, Satan tenta par trois fois de le dissuader. Pour éloigner le diable, Abraham lança des pierres dans la direction de la voix. Cette épreuve atteste la profondeur de l’attachement d’Abraham à Dieu. Si nous croyons aimer un être, aimons-le en Dieu. Celui que nous aimons parce qu’il nous aime, nous ne faisons que lui rendre la monnaie de sa pièce. Mais si nous sommes capables d’aimer les autres, jusqu’à nos propres ennemis, nous avons plus de mérite et l’amour devient alors libérateur. Si j’aime une personne en Dieu et que demain elle me déçoit, mon cœur sera apaisé car c’est Dieu que j’ai aimé à travers elle. Quant aux êtres disparus, si nous continuons à les aimer en Dieu, ils resteront toujours vivants dans nos cœurs car Dieu est l’éternel Vivant. L’itinéraire d’Abraham représente tout le symbole, la densité et l’harmonie du monothéisme. Le premier élément du message est le cheminement vers la Vérité en partant du niveau des étoiles, qui représentent les initiés dépositaires de la connaissance, à celui de la lune, qui signifie le guide spirituel ou le pôle (el qutub) de la Connaissance, afin d’arriver au soleil, qui symbolise le prophète-messager. Le parcours d’Abraham est l’archétype des étapes de l’initiation pour revenir à la perfection adamique avant son voilement par la désobéissance. Le deuxième élément du message est l’amitié dans l’intimité de Dieu et de l’homme. Désormais Il n’est plus adoré dans l’éloignement de la majesté écrasante, mais dans l’intimité secrète de la proximité du cœur.
La résurrection : Le dernier élément, celui de la résurrection, réside dans l’interrogation d’Abraham à Dieu : « Mon Seigneur ! Montre-moi comment tu rends la vie aux morts. » Dieu dit : « Est-ce que tu ne crois pas ? » Il répondit « Oui, je crois, mais c’est pour que mon cour soit apaisé. » (2/260.). Dans la tradition islamique, on situe ce récit à la fin de la vie d’Abraham, qui croyait en la résurrection mais voulait en connaître le secret. Alors Dieu lui envoya l’ange de la mort à qui il recommanda de ne prendre l’âme d’Abraham qu’avec son consentement. Embarrassé, l’ange prit la forme d’un vieillard en pleine décrépitude. Celui-ci demanda l’hospitalité à Abraham qui le fit entrer et lui présenta un repas. Voyant que le vieillard était incapable de porter la nourriture à sa bouche, le prophète lui demanda son âge. « Je suis bien plus vieux que toi », répondit le visiteur. Devant ce spectacle affligeant, Abraham souhaita ne pas en venir à une telle décrépitude et accepta la mort. Mais il en ignorait toujours le mystère et la certitude intérieure par la Connaissance. Dieu lui dit alors de prendre quatre oiseaux d’espèces différentes, de les tuer, de les découper et d’en éparpiller au loin les morceaux. Un vent se leva qui les réunit dans les quatre formes initiales. Cette histoire révèle que même si le corps est totalement dispersé, une force surnaturelle est capable d’en réunir tous les atomes pour reconstituer la forme originelle, comme si chaque particule reconnaissait sa propre constitution. Là résident toute la puissance et le mystère de l’ordre divin « Sois ! »
4 Une lecture philosophique : Abraham et Promothée
Le mythe de Prométhée a une portée symbolique et déterminante pour mieux comprendre le double rapport d’identification et de compétition qui existe entre les dieux et les Hommes. Grand ami des Hommes, selon la formule de NIETZSCHE, Prométhée, pour protéger les Hommes va chercher à tromper ZEUS et d’emblée c’est le conflit qui donnera la couleur aux rapports entre les dieux et les Hommes et cette tension ne disparaîtra pas, elle est constitutive de l’être au monde des Hommes. Plus tard, Prométhée volera le feu du ciel et subira la peine de l’enchaînement et la punition éternelle, condamné à avoir le foie dévoré par l’aigle. Prométhée s’est sacrifié pour les Hommes en défiant les dieux. La dimension tragique entre les dieux et les Hommes va à la Renaissance être accentuée. Face à l’autorité divine qui soumet les volontés, Prométhée est le guide et le libérateur . Le phénomène s’amplifiera avec les progrès scientifiques et techniques : l’Homme est désormais à l’assaut du ciel (le mythe de Prométhée « parle »). La conception d’une inaccessible harmonie prend forme : croire et s’affirmer, dans le même élan, paraît proprement impossible.
L’histoire d’Abraham telle que nous venons de la voir, donne une couleur particulière au rapport entre l’Homme et le divin. Il ya certes l’épreuve d’avoir à sacrifier l’être le plus aimé, son fils, pour témoigner de sa foi, mais l’expérience tragique, la solitude, la réponse allusive sont ci absentes : Abraham parle à sn fils qui, habité par la même foi, rassure son père, s’en remet en confiance et joint son témoignage de foi à celui de son père. La patience du fils fait écho à l’intime fidélité du père. L’épreuve de la foi est, hors de la tension tragique, celle de la patience et de l’acceptation. La lecture des « Signes » est destinée à conforter, à apaiser. La foi en Dieu, la vie après la mort, et tout ce qu’elles revêtent de sens, ne sont pas remis en cause : « Certes oui je crois ! » dit Abraham. Le réconfort est offert par le Signe, la mémoire et le rappel : « …N’est-ce pas au souvenir de Dieu que s’apaisent les cœurs » (13/28).
Avec ce passage sur Abraham, nous avons l’essentiel : la reconnaissance de l’Unique, l’Amour et le Don. Amour de l’Unique, du père et du fils. Amour suprême, Amour vécu, communiqué, assumé, ce qui est la foi. Union de 2 cœurs, du père et du fils pour l’Un.

 

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